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[REBOND] Analyse et bilan de ton aventure… et la suite ? (3/3)

on septembre 26 | in Non classé | by | with No Comments

Suite et fin de l’interview d’Aymeric Chanteloup (présentation ici et récit de l’aventure ici).

Sylvain : Quelles seraient les 5 leçons à retirer de ton plantage ?

Aymeric : On a beau être formé spécifiquement pour et savoir ce qu’il ne faut pas faire (et pourtant, j’avais eu Sylvain comme prof 🙁 )… Le baptême du feu remet tout à zéro !
On se découvre, on se fait peur soi-même en comprenant qu’il existe à l’intérieur de chacun plusieurs facettes et que l’entrepreneuriat ne fait pas toujours ressortir ce qui est le plus reluisant…

Donc pour faire simple :
Ne jamais croire que ce métier est le plus beau métier du monde, le plus simple, et qu’une formation spécifique nous offre toutes les chances de réussite.
– Il faut toujours positiver ! C’est la force de l’entrepreneur, voir de l’espoir quand votre entourage n’en voit plus. Il faut certes être objectif au possible et réagir au bon moment, mais la réussite d’un projet ne se mesure pas nécessairement à la valeur financière que celui-ci vous rapporte. Même quand vous « échouez », il y a toujours une richesse à en tirer.
Positiver, ce n’est pas s’obstiner. L’obstination est le Némésis de l’entrepreneur, car en gesticulant dans un sable mouvant, vous creusez votre propre tombe !
– On dit toujours qu’il faut savoir faire confiance. Je dirais plutôt: Savoir faire confiance, c’est aussi savoir ne pas faire confiance car baser la réussite d’un projet sur votre entourage est un gros risque le jour où vous prenez conscience que vous n’êtes plus maitre du jeu.
Aller trop vite est un risque systémique dans l’entrepreneuriat, et assurer ses arrières est un des principes appris à la dure dans cette aventure. Dorénavant je prends le temps de créer mes projets, et je sécurise au maximum toutes mes cartes. En bref, si nous devions comparer: je joue dorénavant aux échecs et plus aux pokers…

Sylvain : Qu’as-tu perdu ?

Aymeric :
1) De l’argent : j’ai financé en grande partie toutes ces aventures avec des fonds propres.
Du temps : j’aurais pu passer ces dernières années à continuer à me construire sereinement en prenant un poste à responsabilité dans une société. Par ailleurs, remonter la pente prend du temps.
De l’énergie : cela va de paire avec le temps. On n’en a jamais conscience, mais ce sont les deux ressources qui valent le plus, et qui nous manquent encore plus quand nous faisons ce métier, car elles ne sont pas substituables.

2) Des amis : ne le cachons pas, devenir entrepreneur, c’est aussi endosser un rôle qu’on apprend difficilement à quitter entre amis, et ca ne plait pas à tout le monde. De plus, dans ma première aventure entrepreneuriale, certains de mes salariés étaient des amis de longue date. Virer quelqu’un, ce n’est pas marrant, mais quand c’est un ami c’est presque un déchirement.
Ma crédulité et mon arrogance : Débuter dans l’aventure de l’entrepreneuriat doit se faire avec humilité quand la réussite vous ouvre les portes, de même qu’il ne faut pas perdre de vue que la réalité n’est jamais ce que l’on croit savoir (non non nous ne sommes pas dans un générique sf). Se préparer à réagir aux inconnues d’un marché, c’est peut être mieux que de constituer une cartographie rigide de celui-ci.

Sylvain : Comment as-tu rebondi ?

Aymeric : Avec du temps, de la patience, et une bonne dose d’humilité.
Chaque jour qui passe depuis ces moments me rappelle que rien n’est acquis, qu’il faut toujours se battre, mais il ne faut jamais le faire seul contre tous. Un bon entourage, compétent et de confiance, est toujours un ilot de sérénité supplémentaire quand vous repartez sur un nouveau projet.

Sylvain : Où en es-tu aujourd’hui ?

Aymeric : Je me connais dorénavant tant dans les tréfonds d’un échec que sous les feux des projecteurs en pleine montée et je suis devenu beaucoup plus nuancé dans mes propos.
J’ai réussi à ne pas liquider Legreener, qui est enfin rentable (en même temps c’est tout de suite plus simple sans salarié ni local bizarrement…). Depuis l’été 2012, j’ai assaini les dettes de la société, revu certains de mes objectifs, monté ou accompagné d’autres projets. Plus encore, j’ai pris le temps de poser les choses, sur mes propres compétences, mes erreurs et ma manière d’appréhender au quotidien mes sociétés. Il est possible de travailler 70 heures par semaine, mais il faut se réserver certaines soupapes de décompression. Se réorganiser fut un des premiers changements dans ma vie.
Ma nouvelle société, AMBEE, est le fruit de toutes ces réflexions, et je démarre un nouveau projet qui se développe sereinement, en étant rentable dès le départ sans être chronophage avec de belles opportunités d’évolution.

Sylvain : Quel est ton meilleur conseil d’entrepreneur ?

Aymeric : Entrepreneur, c’est un métier d’apprentissage mais, outre acquérir des compétences professionnelles, c’est avant tout une expérience de vie ! Le faire au moins une fois, c’est comme le saut en parachute : on a peur, on hésite, on se demande ce qui nous attend, mais malgré tous les préparatifs, ce n’est que lorsque l’on saute qu’on prend conscience à la fois du risque, du plaisir et du degré de liberté que cela procure.
L’échec est comme un spectre, il ne faut jamais en avoir peur mais toujours s’y préparer. L’échec est un jugement d’une situation qui peut se transformer en réussite selon les objectifs que vous vous fixez. Je considère aujourd’hui que j’ai réussi à me sortir d’un échec, alors en est-ce vraiment un ?

NDLR : L’image du saut en parachute est sympa ! Sauf que le risque que le parachute ne s’ouvre est proche de zéro… Contrairement à l’échec en entrepreneuriat qui lui touche près de 50% des entrepreneurs.

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