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[ECHEC] Bewords, récit d’un plantage #startup 2/2

on septembre 24 | in Mes erreurs | by | with 1 Comment

Voici la 2ème partie de l’interview de Mathieu Maréchal (1ère partie à retrouver ici).

Justement, en parlant d’enseignements, quelles seraient les 5 leçons à retirer de ton plantage ?

Tout d’abord, pas assez de budget. Mon associé Vincent m’avait dit qu’il pensait qu’il fallait plus de sous pour se lancer, mais je voulais faire les choses une étape à la fois et ne pas perdre le contrôle du capital social. Avec le recul, il aurait fallu mettre le paquet au niveau financement quitte à devoir céder 15 ou 20% à des business angels. Première erreur.

J’aurais aussi mis, du fait de ce meilleur financement, une équipe dédiée sur le projet. Notre stagiaire était motivée et sérieuse dans son travail, mais elle était encore jeune et inexpérimentée, et son rôle était limité à la communication. De mon côté, je travaillais environ à mi-temps sur le projet, et Vincent peut-être 1 journée par semaine.
Retrospectivement, je vois bien qu’il aurait fallu au moins un profil expérimenté à temps plein sur le projet, voire deux.

Ces deux premiers points concernent l’organisation, mais sur le projet lui-même, j’ai aussi fait des erreurs. Tout d’abord, j’avais en tête une idée bien précise sur ce que je voulais faire, et l’ai implémentée assez rapidement, en grillant une bonne partie du budget développement Web. Je n’avais pas encore lu le bouquin Lean Startup, d’Eric Ries, que je recommande vivement, ainsi que toute la litérature associée, à tout webstartuper ! Cela m’aurait permis de faire les choses de manière bien plus efficace et en réduisant fortement le burn-rate.

J’ai aussi mis en place une stratégie d’acquérir un maximum de traducteurs inscrits sur le site avant de me concentrer sur les clients. Faire venir des clients sur un site où il n’y aurait pas de traducteurs disponibles me semblait absurde. Mais je me suis rendu compte ensuite que faire des clients n’était pas si simple…et entre temps les traducteurs inscrits s’impatientaient, à juste titre. J’en profite d’ailleurs pour remercier tous les traducteurs qui ont cru à notre projet, autant que nous y croyions à l’époque ! L’idée reste bonne à mon avis, et peut-être qu’un entrepreneur lira ton blog Sylvain et décidera de s’en approprier et d’en faire une réalité, auquel cas je serais ravi de l’y aider, d’une manière ou d’une autre.
Si c’était à refaire, j’adopterai une méthodologie mettant autant l’accent sur l’acquisition de traducteurs que de clients. Les deux en parallèle, avec le même niveau d’implication, et en servant leur besoin et demandes autant que possible. Les deux acteurs sont aussi importants l’un que l’autre sur une plateforme de désintermédiation.

Dernière leçon apprise, je pense que c’était un peu tôt, en 2010-2011, aujourd’hui ce type de projets aurait peut-être davantage de visibilité et de succès car c’est très à la mode et correspond maintenant à une vraie réalité économique (il suffit de voir Uber et d’autres qui révolutionnent leur secteur d’activité).

Et pour finir, ce n’est pas une leçon tirée de ce projet Bewords.com mais plutôt de l’évolution du marché de la traduction depuis, je vois bien avec nos clients Trad Online, parmi les plus grands acteurs du Web en France, que les gros budgets correspondent à un niveau de complexité projets qui nécessitent d’avoir un chef de projet dédié et là, l’idée Bewords ne fonctionnerait pas. Pour les petits projets, oui, mais pour les grands comptes, il faut de l’accompagnement de haut niveau.

Qu’as-tu perdu ?

Un peu d’argent.

Qu’as-tu gagné ?

J’ai appris beaucoup de choses, comme on peut le deviner des leçons que j’ai tirées de cette expérience. Cela m’a aussi donné des idées pour optimiser des choses chez Trad Online, et pour accompagner/aider d’autres projets. Je n’ai pas tiré ces leçons immédiatement, mais uniquement 6 mois à 1 an après la fin du projet.

Comment as-tu rebondi ?

J’avais toujours mon activité Trad Online qui a continué à grandir et grandit toujours aujourd’hui. Je suis très chanceux d’avoir pu tenter cette expérience sans jamais vraiment devoir me mettre en gros danger. J’ai bien sûr été deçu, mais on ne peut pas gagner à tous les coups, ce ne serait pas amusant ni réaliste.

Où en es-tu aujourd’hui ?

Je pousse toujours le développement de mon entreprise Trad Online, en y passant un peu moins de temps qu’avant, et ayant délégué certaines tâches à notre équipe de salariés à la fois motivée, très soudée et autonome. Je reste impliqué sur certains aspects qui me semblent critiques : le recrutement de nouveaux salariés, les principaux axes d’innovation (à nouveau, par exemple, une interface de traduction en ligne pour nos clients qui va être bientôt mise à disposition), le développement commercial et les optimisations dans l’activité.
Cela me permet de prendre un peu de temps pour moi et ma famille, ce que je n’avais pas pu faire pendant des années, et aussi de lancer une petite activité d’accompagnement en développement d’entreprise, www.sfc-invest.com

Quel est ton meilleur conseil d’entrepreneur ?

Lisez, écoutez et apprenez un maximum de choses possibles, sur un large éventail de sujets. La créativité vient en faisant des ponts entre des choses qui ne sautent pas forcément aux yeux comme étant liées. Et il me semble que la créativité est l’une des meilleures armes pour un entrepreneur, car elle permet de trouver des solutions intelligentes et nouvelles à tout type de problème, et pas seulement pour créer le produit lui-même mais aussi pour innover commercialement, pour mieux recruter, pour mieux faire du marketing, etc.

Souhaites-tu ajouter quelque chose ?

Oui, je te remercie pour ton intérêt et en particulier sur cette thématique de l’échec. Je pense qu’on enseigne trop peu dans notre pays l’importance de réfléchir sur ses échecs pour en apprendre quelque chose. Je me rappelle pendant mes études ne jamais regarder que la note finale pour les exams, et pas les corrections du prof. La seule chose qui semble compter dans notre culture c’est le résultat final, plutôt que le chemin pour arriver au résultat. Donc merci pour ceci Sylvain, une brillante idée ☺ Il est plus facile d’apprendre des choses en regardant quelque chose qui plante que quelque chose qui fonctionne parfaitement.
Et aussi, bravo à toi pour ton parcours et ta réussite entrepreneuriale, qui sont impressionnants !

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One Response

  1. Jérémy dit :

    C’est vrai que généralement on a une très mauvaise façon de voir nos échecs. On voit un échec comme une honte, une mauvaise chose. Mais au final, ce n’est qu’une question de point de vue! Avoir des échecs c’est apprendre ce qu’il ne faut pas faire et surtout c’est gagner en expérience. Donc plus on a des échecs, plus on gagne on expérience et plus on s’approche de la façon exacte qu’il faut faire. C’est ironique, mais avoir des échecs, c’est simplement devenir meilleur! Comme dit le dicton, tout ce qui nous tue pas nous rend meilleur 🙂 À condition naturellement d’analyser ces échecs, de comprendre le pourquoi du comment et surtout de ne pas les cacher ou tout faire pour les oublier par honte.

    D’ailleurs, il y a deux citations d’Albert Einstein que j’aime beaucoup:
    – « Une personne qui n’a jamais commis d’erreurs n’a jamais tenté d’innover ».
    – « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

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